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22/10/2005 Monique Mérelle Inquiètude, peur et claustrophobie
Monique et l'Alliance


Ce qui se passait dans l'alliance enthousiasmait tellement Jean Louis que j'ai eu envie, pour la deuxième fois, d'y aller voir.
La pluie n'est pas encore tombée et les niveaux d'eau sont très bas. Pas d'inquiétude de ce côté. Je pouvais retrouver, vers 14 heures, l'équipe qui oeuvrait depuis les 9 heures. Moi, mon matin était pris par Darty et le dentiste. Je m'organise pour me faire prêter une combinaison, un babygros et un casque "merci Benj".
A 14 heures 3 minutes, je suis sur le parking du Viaduc. Personne. Personne non plus vers les buses. Le temps d'ennuyer Soso au téléphone, de renoncer à la descente et de retourner vers ma voiture, Laurent était là. Donc demi-tour et nous arrivons au moment ou François Doc et David E sortent du puits. Ils essaient de ne pas trop en dire pour ne pas casser la magie de la découverte. On papote pendant 10 minutes, tout en se préparant. Vous savez tous que je ne suis pas très sportive et que j'ai toujours mal quelque part, mais l'enthousiasme aidant, j'ai oublié.
Je descends avec la petite échelle. Tout va bien. Mes pieds trouvent facilement les barreaux mais le casque me tombe sur l'œil droit. J'arrive au fond. Je me souviens de la première piscine, l'eau y est glacée, on respire par à coup, on est mouillé/glacé jusqu'à la taille. Je me souviens du passage où on est ni à genoux ni penché, du casque qui cogne le plafond, des champignons de pierre qui couvrent le sol, des bottes qui sont lourdes d'eau froide.
On prend la deuxième piscine sur le bord gauche. Au milieu, elle est plus profonde. Laurent lit et commente notre parcours comme un livre. Je le suis. Un petit coup d'œil sur la voûte mouillante et on quitte la galerie principale par une faille verticale sur la droite.
On arrive au toboggan. Laurent m'explique comment faire pour avancer sur le dos en poussant sur les bords avec les pieds. Là aussi, ça va. Je remonte la pente en soufflant comme un bœuf. La galerie devient large et haute. Au bout c'est le point chaud et après le point chaud, la petite cuvette creusée dans la terre, au pied de la falaise.


Oh hô ! C'est là, c'est ça ! C'est là qu'on va passer ? C'est petit (ça, c'est dans ma tête). Je deviens circonspecte.
On entend les autres au loin : la voix de Nathalie, celle de JL et un autre. Finalement je ne sais pas qui est là.
Laurent me dit
- " Je passe devant, tu me suis "
- " D'accord ", et il disparaît sous la falaise.
Je descends dans la cuvette, me mets à plat ventre.
On commence par 2 ou 3 bulles plates dans la roche. J'essaie de regarder où je vais avec cette saleté de casque qui me retombe sur l'œil droit, qui cogne partout et m'empêche de voir devant. "Je veux un casque mou".
J'arrive à voir les pieds de Laurent. Il avance sur les coudes dans un boyau pas large du tout et pas haut du tout.
Laurent m'aide de la voix :
- " Tu avances, tu rampes doucement, tu me suis "
Une conversation s'engage entre Laurent et les autres. Mon arrivée est annoncée. J'entends JL, il est content. Je le trouve un peu trop joyeux.
Et j'y vais, moi aussi sur les coudes, le casque sur les yeux, engoncée dans mes vêtements trempés, manquant d'air… et voulant relever la tête.
J'y arrive.
Je vois Laurent, 3 ou 4 mètres devant moi sur la gauche, s'extirper de la galerie et bouger avec difficulté.
A ce moment de l'histoire, il m'aurait dit :
- " Ca y est, on est arrivé dans une grande salle " Tout se serait bien passé. Mais il m'a dit.
- " Là, t'essaies de te redresser. C'est toi qui vois, peut être sur le côté, peut être autrement "
A partir de ce moment précis, ça a été fini, fini, fini, fini.
L'envie de hurler m'a prise, là, au milieu de mon boyau.


Ma voix partait dans les aigus, c'était la panique.
- " Laurent, il faut que tu reviennes, reste avec moi, ça va pas, je veux retourner ". Au son de ma voix, il a compris. C'était foutu.
J'ai respiré un bon coup, … plusieurs bons coups. La panique m'a lâchée un peu. Laurent m'a aidée à faire marche arrière.
Dans les bulles, ça allait déjà mieux.
Dehors, dans la grande salle, vautrée sur la butte de terre du point chaud, je ressentais un soulagement immense. Je respirais.
- " Ca va mieux " ?
- " Ouais! Ouais! tout va bien "
- " Je peux y retourner " ?
- " Oui, oui, pas de problème, je vais bien, tu peux y aller "

J'aurais bien aimé demander combien de temps, ils allaient me laisser !

J'ai fermé ma lumière, décontractée, heureuse d'être de ce côté de la chatière, heureuse de ne pas être obligée de repasser par-là.
J'ai fermé les yeux et j'ai savouré le moment.
J'entendais les gars causer, très loin.
Le froid a commencé à remonter du sol dans mon dos.

Les voix se sont éloignées.

J'ai entendu des coups sur la roche.

Je n'ai plus entendu les voix.

Que du silence et des gouttes d'eau.

- Et s'ils avaient eu un problème.
- Et s'ils étaient tombés dans un puits.
- Et si une croûte de calcite s'effondrait sous leur pas.
- Et s'ils s'étaient perdus.
- Et si l'eau montait.

- Ils ne reviendront jamais...

Et la trouille s'est installée, m'empêchant de respirer.
Ouh !, ça va mal dans ma tête.

- Mais si, ils vont revenir, c'est qu'une petite exploration comme il y en a eu bien d'autres. Je ne comprends pas, je suis plutôt cool quand je les attends dehors.

- Les garçons ne s'inquiéteront de notre absence que demain matin.
- Oui, mais la femme de Laurent, elle, elle s'inquiétera.
- Les spéléos viendront nous chercher.

- Bon il faut que je me calme.


J'ai marché pour me réchauffer. Pour ne pas rester à côté de la cuvette, à tendre l'oreille, et à monter dans l'angoisse.
A partir de ce moment j'ai commencé les navettes : cuvette, toboggan, cuvette, toboggan, cuvette, toboggan… Entre cuvette et toboggan, on passe par le canyon, le sol est jonché de blocs de cailloux, la marche est difficile. Je faisais attention de ne pas me blesser, il ne manquerait plus que je sois bloquée là pour l'éternité. J'ai parlé tout haut pour entendre une voix. Mais c'était pire, personne ne répondait.

Je me suis arrêtée deux ou trois fois, mais le petit vélo dans ma tête pédalait de plus belle. Je devais marcher. Au moins, les retours vers la cuvette me donnait un peu l'espoir de les voir revenir.
A chaque fois je me disais, ça y est cette fois, ils sont là. Et puis non et je repartais.

Je ne supportais pas d'être bloquée là à attendre les autres et me torturer pour eux.
Pour lutter contre de violentes envies de fuir, j'ai orienté mes pensées sur le chemin du retour et ses dangers. Là aussi la terreur me prenait. On ne part pas toute seule,
pas avec un cœur qui bat à 100 à l'heure, pas avec la respiration qui ne se fait pas à fond. J'y aurai laissé ma peau et j'aurais fini par jouer au cadavre dans les piscines à 10°. Il fallait rester, et rester c'était terrible aussi.

J'ai donc attendu et marché : cuvette, canyon, toboggan… J'ai écrit "j'ai peur" dans la glaise sur une des parois. J'ai appelé plusieurs fois.

Ce fut long.

Ma réalité était que j'allais mourir là et je sentais que j'étais dangereuse pour moi-même si je bougeais.

Expliquez-moi comment faire pour dévisser le bouchon d'une bouteille d'eau quand tout est glaiseux et qu'on a plus de force ? J'ai bu un peu, mais ça passait mal.


Et enfin, je les ai entendus. Ils revenaient tranquilles. Les voix se rapprochaient.
Plus question de marcher. Je me suis mise en boule dans la cuvette de glaise. Je les ai appelés, je craignais qu'ils ne s'éloignent à nouveau. Je me suis même avancée dans le boyau pour aider Henri à ramener les outils. Au fait c'était Henri le 3ème larron.

Plus d'angoisse, seulement des larmes de soulagement.
J'étais trop contente de les revoir. Je leur ai passé un savon…. Un petit savon, je leur ai surtout fait la morale.
- " Vous rendez vous compte de ce que vous avez fait ? Heureusement que j'ai 50ans… Si j'avais été plus jeune, je suis sûre que j'aurais fait une bêtise…. Quand vous laissez quelqu'un tout seul derrière vous, il faut être sûr de son état psychologique…

Réflexion d'Henri : " t'étais violette "

On a pris le temps de discuter un peu. Finalement, ils n'étaient pas loin : 60 mètres à peine. On a mangé. Ils avaient un peu pensé à moi quand ils étaient dans la nouvelle galerie. Ils étaient persuadés que j'allais assumer la solitude sans problème. Le temps leur a paru très court. Faire une première est tellement grisant. Mais moi, y'avait rien de rien qui me grisait là où j'étais. Heureusement, ils n'ont pas eu accès à un réseau de plusieurs kilomètres. C'est pas 2 heures que j'aurais attendu !….
Ils ont reconnu, que bon, que oui ………… et m'ont demandé d'écrire ce que j'avais ressenti.
Il faut que ça serve.

Je ne savais pas vraiment que j'étais claustrophobe. Il doit y avoir plusieurs degrés.

Le retour s'est fait gentiment ..…. Dures, les 2 piscines d'eau glacée.
Jean Louis a tenu à me montrer la jolie petite salle ronde juste avant la sortie par le puits. J'y suis allée pour lui faire plaisir, mais j'étais encore flagada. C'est vrai, elle est jolie.

La soirée chez Laurent a contribué à me remettre d'aplomb.
A la maison, j'ai pris un calmant.
Pendant 2 jours, je n'ai pas arrêté de parler de ma mésaventure.

Oui, avec le temps, c'est devenu une petite mésaventure.

Je les aime quand même bien les spéléos……. malgré tout.
J'y retournerai, je sais où je coince.

Monique

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